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LE BLOG

~"Il n’y a pas de guérisseur" par Alain Bellone ~(extrait du livre).

  • Alain BELLONE
  • Jun 7
  • 7 min read

Updated: Jun 19



Chapitre 32 - Compréhensions  :  ~ Il n’y a pas de guérisseur ~ 


"Personne ne révèle ni ne guérit personne. 

Chacun de nous détient les réponses à ses questions. Nous sommes la Réponse. Nous sommes la porte, la clé et ce qu’il y a derrière. Il n’y a de porte que dans notre esprit. La Maison dans laquelle nous pouvons retourner est toujours ouverte. C’est notre cœur blessé qui ne l’est pas, pas encore. C’est par lui que le Souffle passe. Par lui que nous pouvons nous reconnecter à l’Essence de notre âme et à notre véritable origine.


Le Pur Amour est le sel de la guérison. Ce n’est pas Alain qui « guérit », à l’instar de n’importe quel chaman. Toute prétention à croire que ce serait « Moi » qui libèrerait l’autre de son mal alimenterait l’illusion que j’aurais un pouvoir particulier. Le fantasme de la toute-puissance thérapeutique peut s’immiscer dans toute pratique. Je ne souscris pas à l’idée parfois enseignée à des apprentis thérapeutes selon laquelle le praticien doit « prendre le pouvoir sur son client ». De mon point de vue, cela va à l’encontre du principe du libre-arbitre et du seul objectif sain à poser avec un patient : l’autonomie. 


Un processus de transformation est une co-création au sein de la collaboration chaman-patient, thérapeute-accompagné, enseignant-élève. Chacun dispose de ses ressources et en l’occurrence de ses propres « Médecines ». Comme dans toutes relations humaines, des jeux psychologiques et énergétiques se jouent entre les lignes. Face à son thérapeute, le « patient » régresse. Il redevient un enfant qui transfère sur lui le papa-maman idéal qui va le tirer d’affaire ou, à l’inverse, lui attribuer la responsabilité de ses échecs. Il peut chercher sa reconnaissance ou la confrontation, tenter de le séduire ou lui prêter des sentiments ambigus. Chacun peut éviter des sujets brûlants afin de ne pas nuire à son image de « bon patient » pour l’un, de « bon thérapeute » pour l’autre. 


Chaman ou pas, tout praticien fait des projections sur la personne qu’il accompagne. Elle le renvoie à ses sujets. Elle est un peu son papa, sa maman, son frère, sa sœur et des aspects de lui-même. Même la Terre-Mère que nous voudrions tant guérir a des airs de maman idéale ! Le Père-Ciel est aussi un support de transfert du papa spirituel bienveillant ! De nombreuses vocations thérapeutiques naissent dans le ferment des blessures de l’enfance, à commencer par la mienne. En tirant sur le fil de notre histoire, nous rencontrons un enfant blessé qui a inconsciemment cherché à réparer ses parents, en l’occurrence lui-même. Derrière le désir sincère d’un thérapeute « d’aider » son prochain se cache un Enfant Sauveur. Imaginons enfin que le patient et thérapeute aient des karmas en commun : cela ne simplifie pas l’affaire ! La question à se poser est donc à partir de quel aspect se positionne le thérapeute en cabinet, le « chaman » dans son soin : de son moi-sauveur ou de sa Présence Divine ?


Même celui qui se prétend le plus grand guérisseur de sa contrée ne peut guérir quiconque n’est pas prêt à lâcher son attachement à la souffrance, à sa maladie. En définitive, même s’il est bien accompagné, c’est le patient qui est son propre guérisseur, ou pas. Le sésame est essentiellement sa capacité à s’apporter lui-même de l’Amour et à réintégrer ses ombres avec compassion afin de s’en libérer. Le problème si je puis dire, c’est que les personnes peuvent avoir tendance à remettre leur pouvoir dans les mains d’un thérapeute-sauveur. Selon la réponse qu'il donne à toutes les projections dont il est l’objet, le praticien peut être le principal obstacle à l’évolution de son patient vers son autonomie. Le chaman-thérapeute-sauveur projette l’idée que sa méthode et ses bons conseils sont LA solution pour la personne alors qu’ils sont loin d'être universels. Les résonances entre son histoire et celle de son patient, sont aussi surprenantes que fréquentes, et peuvent induire des biais dans la relation. Mais nombre de praticiens ne sont pas du tout conscient de ces mécanismes. Ou en jouent à mauvais escient, plus ou moins inconsciemment.


C’est pourquoi avant d'accompagner les autres à se réparer, il faut avoir plongé dans ses propres abîmes. C’est parce qu’un chaman fut et reste un être blessé qu’il reconnaît si bien chez les autres ces fêlures par lesquelles la Lumière peut passer. Mieux vaut avoir conscience des enjeux de la relation thérapeutique, particulièrement dans le domaine énergétique où ils sont souvent méconnus, voire méprisés. Dans cet espace, le patient peut accueillir sa vulnérabilité et y puiser de nouvelles ressources. Le praticien apprend de ceux qu’il accompagne, avec une limite : ne pas prétendre les guérir ni se soigner à travers eux. Cette rencontre intime nécessite un cadre relationnel clair et sécurisant afin que chacun se sente en sécurité et autonome. Mais il n’est pas toujours au rendez-vous, en particulier dans le chamanisme. 


Tout humain est à minima duel. De même qu’un sauveur cache une victime autant qu’un potentiel bourreau, un chaman-sauveur peut avoir son revers persécuteur. Si celui-ci se glisse dans la relation, aucune guérison n’est possible.


L’Ayahuasca est puissante et bienveillante, mais entre les mains d’un guérisseur mal intentionné, elle devient l'instrument du pire. Les Shipibos distinguent les Onayas, les guérisseurs, les Muërayas - les « hommes qui voient » et occupent le rang le plus élevé dans la hiérarchie - et les Yobë, les sorciers qui travaillent avec ota, l’ombre et balancent des dards. Le choix du guérisseur doit être clair. Qu’on les paie ou pas pour nuire, certains utilisent leurs « pouvoirs » à des fins manipulatrices. Ils peuvent séduire, unir ou désunir des couples ou abuser sexuellement de leurs patient.e.s. Comme dans de nombreux milieux en apparence très respectables, la sacralisation des figures d’autorité sert de paravent à des dérives inacceptables. Certains chamans limitent leurs élèves, empoisonnent un rival, le tuent. Ce ne sont malheureusement ni des superstitions ni des délires. C’est de la magie noire. Elle est présente partout, y compris dans des cultures où faire usage du « mauvais œil », fait partie des coutumes. Ceux qui y ont recours sont susceptibles d’être eux-mêmes manipulés par des entités maléfiques ou des ancêtres trompeurs. Ils peuvent même en toute innocence ignorer que leur médecine est pervertie. Le milieu de l’énergétique n’échappe pas à ces dérives. Les coups bas à grand renfort de symboles obliques y sont légion. Des loups se déguisent en agneaux et justifient leurs malversations par de nobles intentions. Ils leurrent les autres avec des parodies de sagesse.

 

Si j'attire l’attention sur ces facettes peu glorieuses au risque de démystifier cet univers, ce n’est que pour mieux mettre en valeur leurs apports et leurs bienfaits. Quand chacun, chaman-patient, ou membres d’un groupe, est conscient de réparer des erreurs du passé, de libérer des vieilles mémoires, de se reconnecter ensemble au Divin en chacun, et ce faisant, d’alléger un peu la Terre de nos tourmentes, quelle beauté ! 


Ainsi, l’une des clés essentielles de la relation entre tout chaman et la ou les personnes qu’il accompagne, est la compassion. Cette réflexion peut, à mes yeux, s’appliquer à toute pratique thérapeutique. Cette posture demande un degré certain d’effacement. 


La relation est guérisseuse, pas le guérisseur.

Seule une  relation d’amour peut réparer ce qui a été blessé par manque d’amour.

Dans l'absolu, il n’y a pas de guérisseur. 


L’Amour est aux commandes. À commencer par l’amour pour soi en acceptant de s’ouvrir totalement à l’Amour Divin. C’est un Amour qui demande autant d’abandon que d’engagement, de confiance que de discernement. Il ne réclame ni soumission ni sacrifice. Comment pourrait-il exiger de celui qu’il aime de se sacrifier ? Serait-ce un si grand sacrifice que de faire le deuil de ce qui nous sépare de nous-même ? Des manques de l’ego blessé ? Et s'il s’agissait avant tout de se libérer de la peur de l’Amour et des illusions de séparation ? 

Nous vivons dans la dualité. Mais en faisant l’expérience du monde nous pouvons toucher l’Unité tout en restant des humains pluriels, différents et inter-connectés. Pour cela, il est nécessaire que l’ego s’incline devant le Soi Divin en nous. Lui qui veut tant être reconnu et loué, cette perspective le révulse parce qu’il a peur de disparaître, de mourir. La personnalité est engluée dans des manques et des blessures qu’elle ignore ou veut passer outre. Elle est l’otage de tant de codes, d’entités contrôlantes dont elle ignore la portée, qu’elle aurait bien du mal à s’en défaire seule avec ses petits bras. 


Ne rejetons pas l’ego. Ce serait encore entretenir la séparation et le désamour dont il souffre. Il est blessé. Il n’est pas enclin à défaire ce qu’il a lui-même construit pour se protéger. Mieux vaut l’envelopper de tendresse, de consolation, de tant d’amour qu’il finisse par fondre et s’en sentir plus que jamais vivant. Ainsi, il peut finir par se soumettre sans soumission, en se mettant au service de ce qu’il peut finir par reconnaître comme son Essence Divine. Mais gare à celui qui voudrait briller avec sa nouvelle cape de lumière !


Du temps de mes déboires sentimentaux, une astrologue m’avait dit que j’avais contacté « une lumière que personne ne pourrait m’ôter ». Plus je lui donne de l’espace, plus elle grandit, mieux je fais ce que j’ai à faire, les pieds sur terre, la tête sur les épaules, tout en flirtant avec les étoiles, sentant qu’à chaque pas je peux me souvenir de qui Je Suis vraiment.


Personne ne nous demande de sauver nos ancêtres, ni l’humanité. Commençons par nous-même, nous en serons que plus aidants. En nous rappelant que nous sommes Lumière, non seulement nous nous rendons la Liberté, mais nous éclairons un peu le monde. Même si je ne suis pas fan de cette expression, en voici une belle « mission d’âme » ! Et quand nous nous ouvrons à L’Amour, nous ne pouvons que le partager allègrement.


Nous sommes des humains divins pétris de lumière et de terre. C’est ce en quoi je crois ou plutôt ce dont j’ai fait l’expérience jour après jour. Je ne demande à personne d’adhérer à ma foi. Je ne prétends pas être « arrivé », « éveillé » ni même « particulier ». Je n’exprime pas LA Vérité mais ce qui fait sens pour moi. J’essaie de l’incarner là où j’en suis et sans m’en enorgueillir. 


La Lumière est notre nature originelle. Il n’y a donc pas matière à en faire tout un plat et encore moins de tomber dans une quelconque forme d’exhibitionnisme ou de narcissisme spirituel. 


Nous puisons notre essence dans les racines de la terre et du ciel réunis. Et sans nature, pas de nature humaine. La Nature nous offre ses beautés, ses nourritures et ses magnifiques Médecines. Son désir est que nous prenions soin de ce qu’elle nous prodigue. Et tel est je crois, le seul désir du Ciel pour chacun de nous. À nous de prendre nos responsabilités, en toute liberté et dans la gratitude parce que nous sommes tous interdépendants. 


Comme disent les lakotas, Mitakuye Oyasin !"


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© Alain Bellone 2023

"Et mon âme m'a dit"

Sélection du Prix du Livre Chamanique 2025



 
 
 

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