~ "Les pièges de la chamanisation" ~ par Alain Bellone (extrait du livre).
- Alain BELLONE
- Jan 7
- 4 min read
Updated: Jun 19

Extrait du livre "Et mon âme m'a dit", "Les pièges de la chamanisation" chapitre 23
"À l’époque, je croyais que mon besoin de reconnaissance et ma résistance au pardon, notamment à l’égard de Maya, avaient été les causes de ce brutal volte-face. En attendant d’y voir plus clair, mon constat était sans appel : je m’étais pris les pieds dans les pièges de la voie chamanique que je pointais moi-même du doigt. Si j’avais bien eu le droit de me réjouir de cette guérison, je m’étais jeté un peu avidement sur le retour des visions. J’en concluais que le don de La Lumière pouvait être retiré dès lors que l’on croit la détenir.
Vouloir gravir l’Everest, penser en avoir atteint le sommet est ce qui éloigne le plus de l’humilité qu’exige tout chemin spirituel ; il n’est que celui de la vie.
En Sophro-Analyse, j’avais senti combien les défenses psychiques pouvaient être tenaces. À la suite de la plus éprouvante des cérémonies que j’avais vécues jusqu’alors, celle de l’idéalisation me saute aux yeux. Ce mécanisme permet de se protéger d’aspects inconscients peu reluisants ou traumatiques derrière une version sublimée de soi-même ou que l’on projette sur autrui. En travaillant sur mes sujets et en accompagnant des personnes, j’en ajoute une à leur panoplie : la spiritualisation. Sa variante chamanique est la chamanisation. Se chamaniser c'est s’identifier à l’idéal du Moi chaman.
Travailler avec une Médecine, « être chaman » ne rend personne spécial. L’ego spirituel a une garde-robe diversifiée et le chamanisme est truffé de tentations. Il est plus facile de se draper dans un costume flatteur que de se regarder sans masque. Sous prétexte que l’on s’adonne à une pratique particulière, nous pouvons nous raconter de flatteuses mais lénifiantes histoires. Pour s’en convaincre, il n’y a qu’à voir les dangereux combats de coq auxquels s’adonnent certains chamans ou ceux qui se prennent pour des Grands Maîtres. Aucune tradition, aucune pratique thérapeutique, n’y échappe.
La voie demande un minimum de cohérence. Les contradictions que je vois chez les autres me renvoient aux miennes. Je me dis que l’on ne peut d’un côté philosopher savamment sur « Le Grand Tout » et de l’autre, nourrir la séparation sans accepter nos différences ou entretenir des formes subtiles de narcissisme spirituel. La frontière entre assumer une fonction - de thérapeute, de chaman, d’enseignant - et s’identifier à l’image de soi voire au prestige qu’elle confère, est un fil ténu. Parler de compassion et d’Unité devrait nous inspirer à moins juger les autres et nous-même. Si je fais de mes connaissances un prétexte pour nourrir une quelconque forme de supériorité spirituelle, c’est la chute assurée !
Si La Madre m’aide à devenir un meilleur humain, ce n'est pas pour que je me perche dans des dimensions éthériques ni fuir ma réalité, mais bel et bien pour incarner au quotidien les enseignements du mieux que je peux. Or à vouloir atteindre des degrés élevés d’expansion de conscience et privilégier les dimensions stellaires, le risque est de négliger l’ancrage dans la corporalité et les profondeurs de notre simple humanité.
Le Ciel est en nous. Sans être une fin, l’une des vocations de la voie spirituelle est de mettre à jour nos faux-semblants. Ce qui est dans l’ombre fait obstacle à la reconnexion à l’Être. Comme le cœur en est la porte, il est nécessaire de le purifier de ses voiles et de ses faux-semblants. Cela passe forcément par s’occuper des blessures de nos passés et de toutes les conséquences énergétiques qui en découlent. Cette démarche est souvent négligée, notamment parce qu’elle peut effrayer.
Si j’accorde autant d’importance à ces aspects psychologiques c’est qu’ils se glissent subtilement dans la spiritualité. Les illusions de l’ego peuvent s’y abreuver allègrement autant qu’ouvrir des failles contraires à nos aspirations. La voie spirituelle et le service chamanique dépassent notre destin personnel. L’exercice est donc subtil. Il s’agit de prendre ces aspects au sérieux, de laisser se déverser les larmes ou les cris trop longtemps refoulés, sans pour autant s’y engluer. Ne pas oublier de rire des illusions dont nous prenons conscience permet aussi de s’en désidentifier. Plonger dans le puits de nos ombres, permet de remettre en lumière ce qui doit l’être, de nous connecter à ce qu’il y a de plus sacré en soi pour les remettre au Divin.
Que dit la nature ? La Nature n’a que faire de nos cogitations spirituelles. Derrière sa complexité biologique, elle est pleine de bon sens et ne connait pas le mal. Le Manguier s’élève grâce à son réseau de racines équivalent à celui de ses branches. Il ne fait aucune distinction entre les êtres vivants qu’il héberge.
L’Amour inconditionnel ne fait pas de tri. Un boulanger a une fonction aussi importante qu’un guérisseur, d’autant que ce dernier a besoin de se nourrir. Même un banquier peut être porteur de sagesse. Nous sommes tous interdépendants et co-créateurs. Issues de la même Source, les âmes sont égales et les milliards d’êtres qui peuplent la terre n’en forment qu’une. Je tâche de me souvenir que derrière chaque humain il y a un être Divin. Ses masques cachent un petit enfant qui a besoin avant tout de compassion et d’une bonne dose d’humour. Il n’est jamais que nous-même. Son âme a même pu endosser un rôle dont le but est de nous faire évoluer. Sacré et difficile acte d’amour qui devrait inspirer notre gratitude !
Ne nous attendons pas à ce que l’Amour nous plonge dans un bain de roses étoilées. L’Amour ébranle. L’Amour est un flot dévastateur d’illusions. L’Amour est le Feu Sacré. Il éclaire des blessures du passé demeurées dans l’ombre où nous avons pu nous sentir mal-aimés. Si nous les négligeons, nous manquons d’amour pour nous-même. Elles ont besoin de consolation autant que de réparation. Au-delà de tout, elles ont besoin de Pardon. Seul l’Amour Inconditionnel peut libérer ce qui a été meurtri par manque d’amour .
En étant plus conscients et plus lumineux, nous éclairons le monde. J’en viens à me dire que le sens de notre incarnation est de retrouver notre véritable nature, et non de satisfaire un ego blessé en quête d’un idéal compensatoire, aussi spirituel soit-il.
Même la lueur d’une petite bougie peut percer la plus dense des obscurités."
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© Alain Bellone 2023 "Et mon âme m'a dit" Sélection du Prix du Livre Chamanique 2025












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